Alors que la vasque olympique était allumée au centre du stade B.C. Place, le 12 février dernier, Roxanne St-Pierre et Sylvain Gagné terminaient un périple de 106 jours à travers tous les recoins du Canada. Ils faisaient en effet partie de l’équipe de 250 personnes chargées de transporter la flamme sur plus de 45 000 kilomètres, dans quelque 1000 communautés partout au pays.
«Je ne veux pas dire que je n’étais pas préparée ou que j’avais sous-estimé, mais je n’étais pas prête à vivre quelque chose d’aussi puissant que ça. Ça m’a vraiment frappé en plein visage. Le pouvoir de cette flamme-là est hallucinant», lance Roxanne, chargée de répondre aux – très nombreuses – demandes des médias tout au long du relais.
La diplômée de l’Université Laval ajoute qu’elle n’avait jamais vu un événement aussi rassembleur. «On n’a vu que des gens souriants pendant trois mois. Des gens tellement fiers de porter le flambeau. On a vu toutes les réactions possibles, des gens qui ont pleuré, des gens qui ont figé. Je n’en reviens pas encore», raconte-t-elle, presque deux semaines après avoir laissé «sa» flamme.
«Il y a vraiment un engouement qui a été créé par ce petit bout de flamme, qui est parti de la Grèce, qui a traversé les océans et qui a rallié tout le monde», poursuit Sylvain, responsables des sites de célébrations de la flamme, qui se déroulaient deux fois par jour quotidiennement, midi et soir.
Une tâche exigeante
Partir pour 106 jours afin d’effectuer un travail qui demande de la concentration et aussi une bonne condition physique n’est déjà pas évident. Ajoutez à cela des heures de sommeil considérablement réduites, et vous obtenez le mélange parfait pour un épuisement rapide.
«Il y a des médias qui nous ont suivi pour essayer de comprendre le beat et ils étaient exaspérés après deux heures. C’est ce qu’on a fait pendant trois mois. C’est épuisant, mais on ne l’a comme pas réalisé», indique Roxanne.
Avec la voix enrhumée, Sylvain confie qu’à chaque étape, «il y avait quelque chose qui nous redonnait de l’énergie».
Donner de l’espoir
Cette flamme qui a parcouru toutes les régions du pays, de la plus petite à la plus grande, a su rallier le pays en entier comme jamais, selon le couple.
«Rallier, c’est vraiment le bon mot. Je n’ai pas encore eu le temps de m’arrêter et de réfléchir à tout ça, mais partout où on allait, il y avait des foules, des gens heureux qui voulaient voir le flambeau. C’est ça qui nous a motivés à continuer», assure Roxanne.
«Il y a quelqu’un qui m’a expliqué qu’on avait donné de l’espoir à ces communautés-là. Je ne l’avais pas réalisé. Je ne m’étais pas arrêtée à penser à ça. C’est vraiment fort», continue-t-elle, la voix chargée d’émotion.
«Il y a des choses que je ne connaissais pas, que j’avais lu dans des livres à l’école. Là, pour moi, c’est tangible», reprend Sylvain, qui n’arrive pas à s’imaginer ce que pouvait être un relais de la flamme olympique sans les outils technologiques que sont les systèmes de positionnement global (GPS) ou les téléphones cellulaires.
«Je ne sais pas ce que sera la prochaine étape dans ma vie professionnelle, mais c’est sûr qu’il va découler quelque chose du relais et des Olympiques. Ça ne s’arrêtera pas là.» - Sylvain Gagné
Difficile de laisser la flamme
Quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux de Vancouver, le 12 février dernier, Roxanne et Sylvain ont dû laisser aller la flamme qui les a fait vivre de grandes émotions au cours de ces trois mois.
«La dernière journée, j’avais mal au cœur. Je n’arrivais pas à comprendre que c’était la fin. Mais on était tellement épuisés qu’il fallait que ça finisse. Pour le dernier porteur de flambeau, on était tous réunis et on pleurait dans la rue. Tout le monde nous applaudissait et prenait des photos», se souvient Roxanne.
Sylvain, lui, était dans l’enceinte du stade, ayant réussi à se dénicher un billet à la dernière minute. En mi-journée, le 12 février, celui-ci devait prenait part à la célébration qui se déroulait au pavillon des Premières nations. «J’ai demandé à quitter cette assignation pour suivre la flamme. Parce que je ne pouvais juste pas ne pas être avec la flamme pour les six derniers porteurs», mentionne-t-il avec un tremolo dans la voix.
«On a pris la flamme et on l’a amenée au pavillon des Premières nations. À la fin de cette cérémonie-là, on l’a remise dans la lanterne et ce n’était plus notre flamme. Ça devenait dans quelques heures la flamme qui allait allumer les Jeux olympiques», enchaine-t-il, lui qui a gardé ses souvenirs sur papier, «parce que des photos, ce n’est pas assez».
La prochaine étape?
Le couple travaille au centre principal des médias de Vancouver jusqu’à la fin des Jeux. Ceux-ci souhaitaient continuer leur aventure olympique, avant de prendre du temps pour des vacances à Québec, histoire de décanter tout ça.
«Je ne sais pas ce que sera la prochaine étape dans ma vie professionnelle, mais c’est sûr qu’il va découler quelque chose du relais et des Olympiques. Ça ne s’arrêtera pas là», jure Sylvain, qui répète que ces trois mois ont changé leur vie.
«On veut rester dans le monde de l’événement. Ça fait dix ans qu’on en fait, on est attachés à ça, on veut rester dans ce genre d’environnement», laisse tomber Roxanne, qui a déjà en tête Londres 2012 ou les Jeux du Commonwealth. «Ça peut juste être bon», relate-t-elle à propos de son expérience.
Elle profitera cependant de son temps de repos, à compter de la semaine prochaine. «J’ai hâte d’avoir le temps de m’asseoir et de repenser à tout ça», termine-t-elle.



