J’ai donc décidé de me rendre à Whistler, samedi matin, n’étant mis au courant qu’une fois dans l’autobus – en route – que la descente masculine était annulée. J’étais en retard et je n’avais pas eu le temps de consulter le service de presse olympique, disponible au Centre principal des médias et sur les sites de compétition. Erreur que je ne répéterai plus, c’est promis.
De retour à Vancouver après une agréable discussion de deux heures avec un journaliste allemand, je suis parti vers le Pacific Coliseum, où se tenait le 1500 mètres masculin sur courte piste. Trois Québécois faisaient partie de cette compétition, soit Charles Hamelin, Olivier Jean et Guillaume Bastille. Les chances d’une médaille d’or étaient bonnes.
Tout comme elles étaient bonnes à la montagne de Cypress Hill, avec Jennifer Heil qui participait à la finale féminine des bosses. Le choix a été déchirant.
Finalement, la médaille d’or n’est pas venue le premier jour. Sans être tout à fait soulagé – on souhaite tous une grande récolte de médailles d’or! – j’avais toujours espoir d’assister à cet événement historique. Car la question n’était pas de savoir si un Canadien allait monter sur la plus haute marche du podium, mais bien quand.
Si j’avais manqué la finale féminine des bosses, je n’allais pas laisser filer celle des hommes, dimanche soir, alors que quatre Québécois y prenaient part.
Marquis donne le ton
Positionné au bas de la piste, j’avais à peu près la même vue que les juges. Les conditions étaient idéales. La température était confortable, et pour la première fois depuis mon arrivée, il ne pleuvait pas.
Inutile de dire que j’assistais à ma première descente de bosses de ce calibre. Qualifié 13e, Vincent Marquis a donné le ton pour l’équipe canadienne. La foule était survoltée. L’ambiance était déjà magique. Un événement spécial se préparait, on le sentait déjà.
Puis, Pierre-Alexandre Rousseau a livré ce qu’il a appelé la performance de sa vie. Levant les bras au ciel en croisant la ligne d’arrivée, Rousseau a fait lever la foule réunie à Cypress. Puis, il a rejoint son coéquipier Vincent Marquis sur le podium provisoire.
Pendant un bon moment, on y a cru. On pensait déjà au triplé. De toute façon, de la façon dont ces deux premiers athlètes avaient performé, c’était déjà une grande soirée.
Bilodeau entre dans l’histoire
On a tous vu les images des dizaines de fois, les télévisions nationales diffusant en boucle la descente d’Alexandre Bilodeau.
Je dois dire que même si notre travail nous pousse à une objectivité et à ne pas démontrer nos émotions, le poil m’a dressé sur les bras lorsqu’on a affiché à l’écran le premier rang provisoire du Québécois.
L’attente du pointage du Français, seul compétiteur pouvant déloger Bilodeau de la plus haute marche du podium, a semblé durer une éternité. La foule, les journalistes, les athlètes, les membres des délégations : tous avaient leurs yeux rivés à l’écran géant.
Puis, à l’affichage de son résultat, le journaliste de Radio-Canada placé devant moi a levé le poing. Je me souviens avoir eu un grand sourire qui m’a éclairé le visage. Je regardais sa famille, dans les estrades. Certains pleuraient. D’autres criaient. Un moment que je me souviendrai toujours. Un grand moment dans l’histoire du sport.
Ses coéquipiers lui faisaient l’accolade. Le premier ministre s’est pointé pour féliciter Bilodeau. Nathalie Lambert, Marcel Aubut, le gratin du monde olympique canadien y était.
Mais ce n’est qu’un début. Les athlètes canadiens en veulent plus. Beaucoup plus.

