Acclamée par les spectateurs, Rochette a commis quelques erreurs techniques lors de son programme long, mais ce fut tout de même suffisant pour permettre à la championne canadienne de monter sur la troisième marche du podium.
«Quand j’ai sauté sur la patinoire, j’ai essayé d’être aussi froide que la glace. Je devais être Joannie l’athlète, pas la personne. Je devais être dans cet état de bagarreuse, en mode compétition. C’est ce que j’ai essayé de faire. Ça n’a pas été facile, à un certain moment les émotions prennent le dessus, je suis humaine après tout. J’ai essayé d’être forte pour que ma mère soit fière», a lancé Rochette après la compétition, dans ses premières déclarations aux médias depuis la tragédie qui a frappé sa famille dimanche dernier.
La patineuse de l’Île Dupas a également raconté qu’elle ne croyait pas nécessairement à une vie après la mort. Il était donc difficile pour elle d’imaginer que sa mère puisse l’avoir aidée dans cette performance qui sera difficile à oublier pour ceux qui en ont été témoins.
«Je me suis toujours dit qu’après la mort, il n’y avait rien, qu’on retournait au sol. Sauf que je n’arrive pas à croire encore comment j’ai pu faire ça ce soir et je me dis que c’est certain que ma mère était là.»
La médaillée de bronze a notamment fait référence à la présence de celle qu’elle a qualifiée de sa «plus grande fan» lorsqu’elle a réussi son dernier saut, un triple salchow exécuté à la perfection.
«Avec tout ce qui est arrivé, je n’avais plus beaucoup de force et je n’avais pas beaucoup dormi. Mais sur ce dernier triple sal, je suis certaine que ma mère était là pour me soulever, parce que je n’avais plus de jambes, mais c’est quand même arrivé», a-t-elle lancé avant d’éclater en sanglots, devant une meute de journalistes silencieux cachant difficilement leurs émotions.
En état de choc
Pour la première fois, Joannie Rochette a commenté publiquement la façon dont elle avait vécu le décès de sa mère.
«J’étais sous le choc quand j’ai appris la nouvelle. Il était 6 heures du matin. Je n’y croyais pas vraiment. Ils m’ont amenée à l’hôpital pour voir le corps de ma mère, j’ai pu lui faire mes adieux. Tranquillement, j’ai commencé à y croire. La nouvelle s’est propagé à une vitesse folle, j’ai reçu des messages des gens à la maison. C’est là que j’ai compris que c’était vraiment vrai», a-t-elle décrit.
«Je ne serai pas en mesure de répondre à tous les messages, mais merci beaucoup à tous ceux qui m’ont supportée», a-t-elle tenu à dire.
L’athlète a eu de la difficulté à embarquer sur la patinoire, dimanche après-midi, quelques heures seulement après avoir appris la triste nouvelle. Sa famille et ses amis étaient à l’aréna ce jour-là. Elle a par ailleurs admis qu’elle n’avait jamais songé à abandonner la compétition olympique.
«Mon premier réflexe a été de dire : ‘Je patine, c’est sûr’. Je me suis dit que dans dix ans, quand j’allais repenser à tout ça, mon deuil serait fait et que j’aurais probablement souhaité avoir patiné ici. C’est un peu pour cette raison-là que je l’ai fait, pas parce que ça me tentait nécessairement, mais parce que je savais ce que ça voulait dire pour moi, par respect pour moi-même. Juste pour la rendre fière (sa mère)», a-t-elle mentionné en essuyant ses larmes.
Rochette a indiqué qu’elle resterait à Vancouver jusqu’à la fin des Jeux avec sa famille et ses amis.
«Je veux vraiment vivre mon expérience olympique à fond. C’est ce que ma mère aurait voulu, je le sais. J’essaie de prendre le maximum de positif de cette expérience-là. Je vais m’en souvenir toute ma vie, peut-être pas pour les raisons que j’aurais voulu», a-t-elle terminé.

